Droits TV de la Ligue 1 : Mediapro a su donner le goût du « riesgo » à la LFP

Imaginons que vous vous appelez Aurore et que vous ayez une fille. Elle s’appelle Nathalie, parent seul, avec deux enfants à charge et trois chats. Nathalie a une voiture, une Peugeot, qu’elle aime bien, mais dont les performances ne sont pas folichonnes. De plus, elle ne lui sert plus trop – la ville où elle vit est bien desservie, les pistes cyclables s’y reproduisent comme des lapins, et les enfants sont (a priori) assez grands pour ne pas faire n’importe quoi dans les transports en commun. Elle met donc la voiture en vente, et considère deux offres sur Le Bon Coin. La première est celle de Paul, à qui elle a déjà vendu son scooter, une paire de rollers, et des sacs de vieux jouets pour ses marmots. Paul paie à temps, mais il négocie beaucoup. Beaucoup trop, selon elle. Et puis, il y a Pablo, mystérieux utilisateur d’origine espagnole, qui lui propose près du double offert par Paul. D’un côté, il y a une offre sûre, qui couvrira les dépenses en activités sportives dans un club privé pour toute la famille. De l’autre, il y a un petit risque, tout de même, mais avec – en prime – à la clé une petite croisière de cinq jours dont Nathalie vous rabat les oreilles depuis belle lurette, grâce à la différence entre ce que Paul et Pablo paieraient pour le même produit.

  

En bonne chiraquienne que vous êtes, vous rappelez à votre fille qu’on « sait toujours ce qu’on perd », et vous lui recommandez donc d’aller voir Paul, un bon français de surcroît. D’autant plus qu’une amie italienne, gardienne de l’immeuble à trois portes du vôtre, vous a dit le plus grand mal qu’elle pensait de Pablo, à qui elle a refusé de vendre sa Fiat. Mauvais feeling, vous a-t-elle dit. Mais bon… Pablo confirme à votre fille qu’il est solvable, et qu’il a un compte dans un établissement bancaire chinois tout ce qu’il y a de plus sérieux. Ils se mettent donc d’accord sur une série de paiements échelonnés. Nathalie décline l’offre de Paul et contacte fissa l’agence de voyage locale pour commencer à planifier son voyage (pour lequel elle vous demandera certainement de garder vos petits-enfants, d’ailleurs).

 

Deux mois plus tard, doit arriver un nouveau paiement de Pablo. « Nada » sur le compte en banque de Nathalie. Elle reçoit un email dudit ibère : « No dinero », ce mois-ci. Il lui demande, de plus, de renégocier l’accord de vente, la crise du Coronavirus étant passée par là, et les finances étant un peu short de son côté des Pyrénées. En plus, il n’utilise pas trop la voiture, car il est en télétravail. Suite à plusieurs échanges courtois mais infructueux avec Pablo, Nathalie se rapproche des autorités compétentes et d’un bon avocat avec des connaissances en droit commercial international.

 

Seulement, en bonne interventionniste française que vous êtes, et sachant que ce manque à gagner pourrait impacter les activités sportives de vos petits-enfants (sans parler de la qualité des croquettes des chats), vous sermonnez Nathalie, lui rappelant tous vos avertissements. Vous considérez même la mettre sous tutelle et la contraindre de systématiquement demander votre aval pour prendre toute décision financière, quitte à définir des critères autres que le profit dans ses ventes de particulier à particulier. La nationalité des acheteurs, par exemple, devrait être prise en considération, selon vous. Peu importe que votre fille soit majeure et vaccinée, vous pensez même à emménager avec elle de force et la faire dormir dans la même chambre que les enfants. Et, tiens, pourquoi ne pas lui faire porter des couches ? Après tout, si elle n’est pas capable de prendre des décisions qui vous conviennent, qui vous dit qu’elle est capable de savoir quand se rendre aux toilettes ?

 

Cette histoire vous semble totalement absurde ? C’est normal : elle l’est.

 

En effet, il ne s’agit que d’une analogie du conflit qui oppose la Ligue de Football Professionnel (anciennement dirigée par Nathalie Boy de la Tour) et son nouveau (et bientôt ex-) diffuseur, Mediapro, un groupe espagnol avec une holding chinoise pour actionnaire majoritaire. Aurore Berger, députée LREM et – à l’époque des négociations – rapporteuse d’une mission sur la régulation de l’audiovisuel et la lutte contre le piratage à l’Assemblée Nationale, avait sonné l’alarme, ayant eu vent – notamment – de l’échec de négociations entre Mediapro et la ligue de football italienne deux ans plus tôt pour absence de garanties financières.

Aujourd’hui, toujours à la recherche d’un micro dans lequel parler pour se faire mousser, Aurore nous explique que – oui, la ligue est une institution privée – mais que le profit n’est pas un critère suffisant dans ce type de transaction, étant donné que ce que gagne le football professionnel fait vivre en partie le football amateur. 

Derrière tout cela, l’idée bien française que l’état paternaliste est en mesure de protéger tout le monde du risque, y compris de mauvais acteurs lors d’une vente de gré-à-gré.

Soyons sérieux : le risque est un des facteurs de développement économique. Généralement, plus le risque est grand, plus les gains possibles sont importants. La Ligue a pris son risque ; à elle de le gérer et d’utiliser le pouvoir judiciaire pour régler ce conflit, si nécessaire (ce qu’elle a – au demeurant – fait, à raison). Le législatif n’a pas besoin de s’en mêler et de créer une énième nouvelle loi pour réguler plus encore le secteur.

Comparativement aux autres championnats européens, le sport professionnel français est déjà énormément régulé, ce qui participe à la pauvreté du spectacle (on se souvient de la taxe Hollande de 75% sur les « riches » qui a impacté le secteur). De la même manière, l’exécutif (comme, au hasard, la ministre des sports, Roxana Maracineanu) pourrait laisser les autres branches de l’État faire leur travail et ne pas s’immiscer dans le dossier. Enfin, le sport amateur a aussi un travail à faire pour pérenniser ses activités et trouver de nouveaux moyens de fonctionner sans être rattaché au sport professionnel.

Dans d’autres pays, l’existence de ligues fermées, par exemple, rend les différents niveaux sportifs plus hermétiques les uns aux autres et permet d’être plus agile en cas de crise. Exemple : la ligue mineure de baseball a fermé boutique pour l’année 2020, du fait de la crise du Coronavirus. Certes, cela a impacté joueurs et staffs, mais a aussi significativement réduit les coûts de fonctionnement de ses organisations, permettant leur survie (et celles des joueurs et des staffs à terme).

En ce 11 décembre 2020, le journal sportif l’Équipe titre « Mediapro annonce l’arrêt de Téléfoot à ses salariés ». Il semblerait que ce soit le clap de fin pour le mauvais payeur. Pablo a rendu la voiture après quelques mois en l’ayant utilisé sans la payer. Loin des revendications interventionnistes d’une Aurore Bergé, il semble que le gouvernement soit décidé à laisser le football professionnel assumer ses responsabilités. Nous ne pouvons que le féliciter.
 
Nous espérons tous que les clubs professionnels et la ligue n’auront pas l’indécence d’aller demander au contribuable de compenser leur irresponsabilité.
 

Sources :

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